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Les nouveaux chantiers de l’Europe solidaire

Les nouveaux chantiers de l’Europe solidaire

Le processus d’élargissement de l’Union Européenne fait apparaître de nouveaux enjeux. En effet, depuis 2004, les 10 nouveaux pays de l’ex bloc soviétique sont passés du statut de pays aidé à celui de pays « bailleur » de par leur entrée dans l’UE. La nécessaire adaptation de ces pays durant leur accession et encore maintenant, ainsi que le nouveau tracé des frontières confère au contexte européen une réelle complexité. Cet élargissement et les objectifs du Millénaire pour le Développement d’ici à 2015 que poursuivent les pays membres de l’ONU, ne doivent pas occulter la nécessaire coopération avec l’Est de l’Europe qui est indispensable pour construire l’Europe élargie de demain. La coopération à l’Est telle qu’elle peut déjà exister, est plus que jamais d’actualité et ne doit pas se réduire à une politique de stabilité aux frontières.

Les peuples de l’Est se situent au carrefour de multiples cultures : orientale, moyen-orientale, occidentale, nordique et slave. Par conséquent, ces pays qui ont subi des changements majeurs du point de vue politique, économique et culturel pourraient aujourd’hui élargir les opportunités d’échanges interculturels au sein de l’Europe.
Pour autant, si la coopération Est (Nouveaux Etats Membres)-Sud est fortement encouragée dans tous les programmes de la Commission Européenne, ceci est encore de l’ordre du rêve. En effet, pour l’heure, le principe que « les pauvres aident les encore plus pauvres » ne peut être que ponctuel, aléatoire et occasionnel. De plus, les systèmes culturels des Pays du Sud étant très différents, il semble utopique de généraliser d’emblée cette idée. Toutefois, cette coopération doit être pensée dès aujourd’hui pour la préparer dans les esprits. Avant cela, les ONG doivent créer des « laboratoires » en se gardant bien de ne pas tomber dans le néocolonialisme.

Des sociétés civiles émergentes
L’introduction de cette « zone tampon » dans le paysage européen nous invite à travailler en partenariat au niveau des sociétés civiles et à apprendre à ajuster nos approches.
Aujourd’hui, les NEM doivent encore être soutenus. Les différentes expériences des membres du Comité PECO témoignent du fait que si les sociétés civiles locales sont en plein développement depuis 1989, elles le sont de façon inégale selon les pays. On note donc une faiblesse du dialogue de ces sociétés civiles avec leurs gouvernements, pourtant essentielle à la consolidation du processus démocratique des nations européennes. Or, ce rapprochement qui nécessite un changement des mentalités, ne peut se faire que par le truchement de programmes concrets. En effet, l’intégration des Pays de l’Est passe par leur intégration dans des actions européennes. Ils doivent être DANS les actions européennes. Depuis 2004, les NEM sont face à un double effort : ils doivent participer d’une part à la construction d’un espace politique, militaire, économique pour protéger l’Union Européenne, d’autre part, ils doivent se hisser au niveau des autres pays occidentaux.
Cette intégration nécessite des efforts que nous pouvons soutenir en tant qu’ONG du Nord. En effet, la plupart de ces pays viennent de sortir de la transition économique. Ils sont donc à la recherche d’expertise dans le domaine social, organisationnel... Les sociétés civiles sont en train de choisir leur modèle social. Les ONG françaises ont alors de véritables partenariats à tisser, pour soutenir ces sociétés civiles émergentes à travers des échanges d’expérience.

Des complémentarités à développer
Si les NEM souhaitent continuer à être aidés en marche, il faut conjointement soutenir les pays qui rejoindront à terme l’Union Européenne. En créant l’espace économique européen, il faut nécessairement créer une cohésion sociale à l’intérieur et aux pourtours de l’Europe pour éviter les exclus. La question de la coopération trans-européenne se pose donc plus que jamais et dans ce contexte, la société civile européenne doit encourager des partenariats avec ceux de la société des pays frontières désireux ou non d’entrer dans l’UE. Une telle dynamique nécessite une implication et une interaction renforcée de la part des 25 et en particulier des NEM qui connaissent parfaitement leurs voisins de l’Est. Les ONG françaises disposent d’un savoir-faire des projets européens.
Ainsi, en partenariat avec les NEM, les ONG françaises et européennes doivent soutenir la période de transition des pays frontaliers et défendre la coopération à l’Est de l’Europe en vue de ses élargissements futurs et la construction d’une Europe sociale et solidaire.

Alors que l’UE négocie son cadre budgétaire pluriannuel pour les années 2007-2013, les ONG européennes proposent la création d’un programme de coopération entre les sociétés civiles européennes et celles du Sud et de l’Est. Les nouveaux voisins de l’UE ainsi que les pays candidats (Croatie et Turquie) en seront bénéficiaires. Gageons qu’au cours de cette prochaine étape, ces derniers auront les moyens de leur prochaine intégration et que les organisations des NEM prennent leur place d’acteur majeur de la coopération avec le soutien des sociétés civiles du Nord, pour faire naître la voix du milieu, celle du renouveau de l’esprit européen.

Astrid Hennekinne
Directrice du Comité PECO